Attaché à son Lot-et-Garonne natal, l’arrière a pourtant accepté, à l’âge de 21 ans, de s’installer sur les bords de l’Atlantique. Il s’y est révélé comme joueur et comme homme.

frédéric zabalza

Un match, pas plus. Voilà tout ce que Jean-Luc Vialaret a vu, au stade Deflandre, de la fantastique épopée du Stade Rochelais la saison dernière. L’arrière adepte des longues relances et des grands espaces est trop occupé aujourd’hui à sillonner les routes de France. Pour son métier, vendeur de machines à café – Vincent Merling est son client après avoir été son patron ! -, mais aussi pour suivre les performances de ses deux enfants basketteurs (Alexandre aux JSA Bordeaux, Lola à l’Atlantique Basket Pays rochelais 17) ou rendre visite à l’aînée, Emmanuelle, qui a fait le chemin inverse de son père et est retournée vivre en Lot-et-Garonne. Il ne faut pas le questionner longtemps pour voir que sa passion ovale est toujours vive.

« Sud Ouest » Nous avons commencé cette série avec Jacques Larrose, un autre arrière venu du Lot-et-Garonne comme vous. Voyez-vous un lien entre vous ?

Jean-Luc Vialaret Si je suis ici, c’est grâce à Jacques. Il est de Lavardac, je suis de Nérac et j’ai joué à Lavardac. À chaque fois qu’il descendait voir sa famille, il entendait parler du petit Vialaret. Il a fait venir Jean-Pierre (Elissalde, entraîneur du Stade Rochelais) et Vincent (Merling, président) sur le bord du terrain pour me voir. J’étais en junior au SU Agen et j’avais signé à Lavardac, en Troisième division, avec une moyenne d’âge de 32, 33 ans, j’en avais 18. C’était facile, j’étais le gamin qu’il ne fallait pas toucher, ils jouaient pour moi. J’étais le meilleur buteur et le meilleur marqueur du championnat. Les Rochelais sont venus me voir jouer à Saintes.

Votre première rencontre avec les dirigeants fut… pittoresque.

Ah, vous en avez eu écho ! (rires) Je sortais de mon Lot-et-Garonne, de ma campagne, incapable de sortir une phrase complète. On s’était donné rendez-vous à Agen, au stade Armandie. Déboulent, dans un Cherokee, Vincent Merling, Jean-Pierre Elissalde, Jacques Larrose et Jean-Paul Hardouineau. Je sortais de mon boulot à vélo, en short, tee-shirt et claquettes, les autres étaient en costard-cravate. Je crois que je n’ai pas décroché un mot, à part oui et non. Je n’avais pas anticipé les choses comme ça ! Ils avaient fait un périple pour voir quatre joueurs. Vincent se plaît à raconter qu’en repartant à l’époque, ils s’étaient dits : « Le petit Vialaret, jamais il ne partira de chez lui ». Je suis le seul à être venu.

Comment vous êtes-vous convaincu de partir loin de vos terres ?

Je sortais d’une déception à Agen. C’était le club un peu bourgeois du Lot-et-Garonne. Je n’avais jamais réussi à m’intégrer, c’est comme ça que je suis allé à Lavardac. J’avais fait une croix sur le rugby de haut niveau, je préférais l’esprit « club de clocher », les copains.

Qu’est-ce qui vous faisait dire qu’il y avait cette ambiance à La Rochelle ?

J’avais failli dire non d’abord. Déjà, pour moi, La Rochelle c’était loin au nord de la Garonne, en Bretagne ! C’est ma copine, devenue mon épouse, qui m’a poussé à prendre contact. Un week-end, on est monté. Ils nous ont pris à la gare, nous ont emmenés dans l’île de Ré… On a été reçu à l’hôtel Le Trianon par James Laporte, un grand supporteur du Stade. On a été séduits.

C’était en 1990. Une vague de Lot-et-garonnais déferlait alors à La Rochelle.

Il y a eu Titi Daguzan et Jean-Marc Paillaugue avant moi. Après, il y a eu Jeff Bouché, Richard Cordazzo, Christophe Dabadie, Xavier Pujos, Laurent Loubère, Stéphane Longo. Je crois que c’est arrivé comme ça, aussi parce que Vincent Merling avait alors de bonnes relations avec le club d’Agen.

Un clan s’est-il formé ?

Non, on n’est pas comme ça ! C’était un risque. Mais il y avait pas mal de Rochelais : Rémi Lescalmel, Fred Boulanger, Éric Roturier, Régis Gardil, etc. Tu arrivais sur la pointe des pieds. J’étais très jeune, je savais que j’avais tout à apprendre. Et j’ai eu la pleine confiance de Jean-Pierre Elissalde, qui a su me faire progresser.

Il disait que vous étiez le baromètre de l’équipe.

Oui. Je crois que j’arrivais à m’extraire du contexte. Les gens me suivaient. Il y avait aussi des affinités avec les joueurs sur le terrain, on se comprenait en un regard.

Vous sentiez-vous un caractère de meneur ?

Pas dans la gouaille. Dans le comportement peut-être. Le jour où on m’a dit : « Qui vois-tu comme capitaine ? », je voyais cinq ou six joueurs mais pas moi. C’est Gabriel Graco [manager] qui m’a dit : « Et toi ? ». Le groupe m’avait nommé capitaine. Au premier entraînement, ça partait dans tous les sens, j’ai dit : « On pose tout, deux tours de terrain ». Tout le monde m’a écouté et m’a suivi. C’est un truc que j’ai fait spontanément, j’étais le premier surpris. Il fallait que j’aille chercher ça en moi, que je me révèle ce qui était caché par ma timidité ou par un manque de confiance en soi. Le Stade me l’a permis. Je m’en sers encore aujourd’hui quand je parle à mes enfants, ou au boulot avec mes clients.

En 2002, vous avez effectué une saison « de transition ».

J’avais décidé d’arrêter après la descente en Pro D2. Jean-Pierre [Elissalde] m’a demandé de rester, mais j’avais le boulot à côté… Il m’a permis de faire une coupure. On allait à Toulon, le week-end. Il me disait : « Allez, reste ici ». Je suis quand même parti jouer à Lyon un 23 décembre ! Ensuite, il était hors de question de continuer à jouer ailleurs. Quand je me suis essayé à entraîner, j’ai vite compris que je ne pouvais pas mettre l’exigence que je me mettais. Parce que j’étais très exigeant. Je ne supportais pas qu’un joueur fasse le con pendant l’entraînement. Tu es là pour une heure, tu es là pour progresser. Avec les jeunes, tu te tords les boyaux… Alors tu fais quoi ? Tu joues au vieux con ? Moi, je suis passé à autre chose.

Amateur, vous étiez finalement professionnel dans l’attitude. Pro, vous avez gardé l’esprit amateur.

J’ai un besoin de proximité, d’ambiance conviviale, mais il me faut aussi de l’exigence à côté. J’ai fait quinze ans de judo, dès l’âge de 3 ans, ça a été une belle école pour ça. Je suis encore persuadé que le sportif de haut niveau gagne à exercer une autre activité. Ça permet de passer à autre chose, de rebondir, d’analyser, d’apprécier aussi. Ça permet de relativiser.

« Je sortais de mon Lot-et-Garonne, de ma campagne, incapable de sortir une phrase complète »